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Comprendre le budget public au-delà des slogans

Depuis des années, la droite martèle le même récit : si les finances publiques vont mal, ce serait parce que l’État, les régions et les communes dépensent trop. Ce discours est aujourd’hui utilisé pour justifier des politiques d’austérité, des coupes dans les services publics et un transfert croissant de charges vers les pouvoirs locaux.

Ce récit est pourtant trompeur. Les chiffres montrent que le problème budgétaire ne se situe pas du côté des dépenses, mais bien du côté des recettes, volontairement affaiblies par des choix politiques.

Dépenses publiques : un faux coupable

Contrairement à ce qui est souvent affirmé, les dépenses publiques n’ont pas explosé ces dernières années. Rapportées au PIB, elles ont même diminué. Les crises successives ont certes entraîné des dépenses ponctuelles, mais celles-ci n’ont pas créé de dérive structurelle.

Autrement dit, l’idée selon laquelle les finances publiques seraient hors de contrôle à cause d’un État trop dépensier relève du mythe. Ce mythe permet surtout de détourner l’attention d’une autre réalité : la baisse organisée des recettes.

La vraie cause du déficit : l’assèchement des recettes

C’est ici que se situe le cœur du problème budgétaire. Depuis une dizaine d’années, les recettes publiques diminuent plus vite que les dépenses. Réductions d’impôts, baisses de cotisations sociales, cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus hauts revenus ont creusé un trou durable dans les finances publiques. Si le niveau de recettes d’il y a dix ans avait été maintenu, le déficit actuel serait largement maîtrisable. Le déficit n’est donc pas une fatalité économique, mais la conséquence directe de choix politiques assumés.

Quand les recettes baissent, la facture ne disparaît pas. Elle est déplacée.

Ces constats ne relèvent pas d’une opinion, mais d’une analyse chiffrée. Une note récente de l’Institut Émile Vandervelde montre que la dégradation du déficit public s’explique avant tout par la baisse des recettes, et non par une explosion des dépenses.

Un effet domino vers les régions et les communes

Lorsque l’État fédéral et les entités fédérées réduisent leurs recettes ou imposent des économies, les conséquences retombent mécaniquement sur les régions, les communautés et les communes.

Les communes doivent assumer :

  • l’augmentation des besoins sociaux via les CPAS
  • le financement des écoles communales
  • l’entretien de l’espace public
  • la sécurité, la propreté, la mobilité
  • le soutien au tissu associatif et aux services de proximité

Tout cela avec des marges budgétaires de plus en plus étroites. À ce stade, deux options existent : réduire les services ou augmenter la fiscalité locale. Dans les deux cas, ce sont les habitants qui paient.

Pourquoi l’austérité affaiblit aussi les finances locales

La baisse du pouvoir d’achat, autre conséquence des politiques de droite, aggrave encore la situation. Moins de pouvoir d’achat signifie moins de consommation, donc moins de recettes fiscales indirectes pour l’ensemble des pouvoirs publics.

À l’inverse, une politique qui soutient les salaires et l’emploi renforce les recettes sociales et fiscales, et bénéficie aussi aux communes. Là encore, les chiffres le montrent : l’austérité n’assainit pas les finances publiques, elle les fragilise.

Même les communes libérales finissent par augmenter les impôts

C’est dans ce contexte général qu’il faut lire ce qui se passe aujourd’hui à Uccle, commune voisine de Forest, dirigée par une majorité libérale.

Au conseil communal du 18 décembre, la majorité MR-DéFI, a décidé d’augmenter de plus de 10 % le précompte immobilier à partir de 2026. Cette décision représente 11,2 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires.

Concrètement, des ménages verront leur précompte passer de 999 euros à environ 1 113 euros, de 1 550 euros à environ 1 727 euros, ou encore de 2 108 euros à près de 2 350 euros. Cette hausse touche les propriétaires occupants, les multipropriétaires et les petits commerces.

Cette décision a surpris de nombreux habitants, d’autant plus qu’un des derniers tracts électoraux de la majorité annonçait “zéro augmentation d’impôts”. Or le MR dirige Uccle depuis de longues années et connaissait parfaitement l’état des finances communales.

Uccle illustre parfaitement le mécanisme à l’œuvre

La justification avancée par la majorité uccloise est révélatrice. Les politiques fédérales et communautaires menées par le MR et Les Engagés ont transféré de nouvelles charges vers les communes.

L’exclusion automatique des demandeurs d’emploi après deux ans va envoyer près de 2 000 Ucclois vers le CPAS, obligeant la commune à augmenter son financement. La réduction drastique des budgets pour le matériel scolaire à la Fédération Wallonie-Bruxelles contraint la commune à compenser pour ses écoles communales, pour un coût estimé à 100 000 euros par an.

Ces effets étaient connus à l’avance et figuraient pour certains dans les programmes électoraux. On ne peut donc pas s’indigner des conséquences de politiques dont on chérit les causes. Face à la contestation, la majorité uccloise a tenté de compenser la hausse du précompte par une baisse symbolique des centimes additionnels à l’impôt des personnes physiques, passant de 5,7 % à 5,6 %.

Cette mesure représente moins d’un euro par mois pour un salaire annuel brut de 40 000 euros, et environ deux euros par mois pour un salaire de 70 000 euros. Des montants très inférieurs à la hausse du précompte immobilier. Présenter cette mesure comme une compensation relève davantage de la communication que d’une véritable politique fiscale équitable.

Rétablir la vérité sur le budget

L’exemple d’Uccle le montre clairement : même des communes dirigées par des libéraux finissent par augmenter les impôts locaux lorsque les recettes sont asséchées par des choix faits à d’autres niveaux de pouvoir.

Le débat budgétaire mérite mieux que des slogans. Le déficit public n’est pas causé par des dépenses incontrôlées, mais par une baisse volontaire des recettes. Tant que cette réalité ne sera pas reconnue, les communes continueront à être mises sous pression, et les citoyens à en payer le prix.

À Forest, comme ailleurs, expliquer le budget, c’est aussi déconstruire les mythes qui servent à justifier l’injustifiable.

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